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Le symbolisme, une métaphore du rêve et de la spiritualité

Un mouvement artistique qui se revendique


Né à la fin du 19ème siècle, le symbolisme proteste contre le contexte socio-politique de l’époque. Les pays germaniques font face à l’impérialisme, et la France, dans sa IIIe République est en pleine industrialisation. Néanmoins, les français nés dans les années 1860 ne se sont pas remis de leur défaite face à la Prusse en 1870-1871 et ne croient plus au progrès malgré les avancées scientifiques du pays.

En art, les courants modernes tels que le naturalisme d’Emile Zola, l’impressionnisme de Claude Monet et le Parnasse d’un groupe de poètes irradient. Cependant, en 1876, ce dernier mouvement fait barrage à la publication de poèmes de Paul Verlaine, Charles Cros et Stéphane Mallarmé. De ce fait, la maison d’édition parisienne Alphonse Derenne a décidé de publier L’Après-Midi d’un faune, un poème de Mallarmé en cent-dix dodécasyllabes, c’est-à-dire un poèmes composé de vers en douze syllabes (= alexandrins). Le peintre et graveur Edouard Manet a réalisé des gravures sur bois pour ses illustrations. Entre 1892 et 1894, Claude Debussy, grand compositeur français, a également mis en musique le poème de Mallarmé dans son Prélude à l'Après-midi d'un faune, et en 1912 une chorégraphie fut inventée par Vaslav Nijinski, danseur et chorégraphe polonais. Malgré le rejet de son poème par les Parnassiens, Mallarmé a su toucher un nouveau public et rester fidèle à lui-même. Désormais opposé au Parnasse, il est vu comme le chef de file d’un mouvement naissant : le décadentisme.


Le symbolisme s’oppose donc aux deux grands mouvements littéraires de l’époque : le naturalisme et le parnassien.


Dans le prolongement du réalisme, le premier, qui nait dans les années 1860, se veut scientifique. Il dépeint la réalité avec précision en se basant sur de la documentation et notamment sur la méthode expérimentale du physiologiste Claude Bernard. De plus, le courant est déterministe, c’est-à-dire que les auteurs décrivent des personnages déterminés par leur hérédité et leur environnement. La littérature naturaliste voulait devenir une véritable science susceptible d’analyser la société par la description de la nature humaine avec un vocabulaire technique.

Le second s’est opposé au romantisme en refusant de s’engager dans les luttes politiques et sociales et en rejetant l’expression des sentiments personnels. Les parnassiens prônaient l’art pour l’art et le beau pour le beau. Leur poésie se voulait objective et austère. Le « nous » prenait le dessus et un sentiment d’unicité primait sur l’individualité.

Le symbolisme qui rejette fortement ces deux courants littéraires, né exactement dans les années 1880 et atteint son summum dans les années 1890. D’abord, c’est un courant littéraire mais très vite il fait ses preuves en peinture, musique et théâtre à travers de multiples styles qui ont pourtant tous attrait à un pessimisme évident, à un intérêt pour le rêve et l’ésotérisme, ainsi qu’à une atmosphère mélancolique.



Le symbolisme, prolongement du décadentisme


Le décadentisme qui se développe dans les années 1870, en France et

en Belgique, voit apparaître des auteurs pessimistes, à l’allure marginale, et cultivant un


esprit de dérision qui seront très peu diffusés en dehors de leur groupe. Plus tard, la plupart feront partie du symbolisme. Verlaine, qui représente le décadentisme à l’état pur, refuse de se


considérer comme un symboliste. Son ouvrage Poètes maudits paru en 1884 est pourtant une référence chez les symbolistes. Parmi les autres artistes inspirants les futurs symbolistes, on retrouve les écrivains Jules Barbey d’Aurevilly et Joris-Karl Huysmans avec son roman A rebours, les poètes Tristan Corbière et Stéphane Mallarmé, les peintres Odilon Redon et Gustave Moreau, et l’illustrateur Félicien Rops.



Le symbolisme, opposition au décadentisme


D’un côté le symbolisme de Mallarmé et de l’autre le décadentisme de Verlaine. Deux courants qui se différenciaient sur trois niveaux : stylistiquement, géographiquement et socialement. A Paris, les décadents étaient situés sur la Rive Gauche et faisaient partie de classes populaires et les symbolistes sur la Rive Droite appartenaient à la noblesse et à la bourgeoisie. Dès 1885, il y a les « mardis de Mallarmé », un rendez-vous hebdomadaire chez le poète ce qui est courant dans le monde de l’écriture au XIXe siècle. Avec ses réunions, Mallarmé s’impose progressivement et son appartement devient l’un des principaux lieux d’élaboration du symbolisme. On y voit passer des écrivains, des musiciens et des artistes de toute horizon géographique.

A la mort de Victor Hugo en 1885, Mallarmé est vu comme le chef de file des poètes modernes qui défendent sa pensée, s’en inspire et l’imite.



La littérature symboliste

En poésie, Mallarmé influence grandement le symbolisme. Les jeunes poètes contemplent son style empli d’ambiguïté et difficile à cerner. Les poètes symbolistes cherchent à faire ralentir les lecteurs en leur proposant une lecture plus approfondie. Selon eux, la littérature de divertissement se veut trop simple du fait de son unique description. Pour la rendre complexe et symboliste, les poètes proposent une syntaxe inhabituelle ponctuée d’images obscures et suggestives, de mots rares, de néologismes ou encore d'archaïsmes. Le rythme a créé une brèche du vers classique. Il rompt l’alexandrin, symbole de l’inflexibilité des poètes parnassiens. Utilisé par de nombreux poètes dont Marie Krysinka, Gustave Kahn et Jules Laforgue, le vers libre aboutit donc les recherches sur la poésie symboliste.


A partir de la seconde moitié du XIXème siècle, la poésie, idéaliste et le roman, réaliste et narratif, s’oppose. Pour Mallarmé, Valéry et d’autres poètes, le roman symboliste ne peut pas exister car le symbolisme est censé être bref et aller à l'essentiel. Le roman quant à lui ne fait que décrire et s’éterniser. Durant un certain moment, les historiens ont considéré le symbolisme comme un courant poétique. Pourtant dans les années 1970, de premières études sur le roman ont été menées avec plusieurs romanciers. Ils auraient partagé des points communs avec le symbolisme. Certains auraient même revendiqué le titre de « romancier symboliste ». C’était le cas de Remy de Gourmont lors de la publication de Sixtine en 1890.


De nombreux romans publiés dans les années 1880 honorent l'esthétique symboliste ou décadente sans se défaire de la forme descriptive, comme Le Crépuscule des dieux d'Élémir Bourges et Monsieur Vénus de Marguerite Eymery. À rebours de Huysmans, paru en 1884 est souvent considéré comme le premier exemple de roman symboliste. Même s’ils gardent une narration traditionnelle proche de celle du naturalisme, plusieurs éléments comme des personnages uniques, un espace-temps raccourci, un imaginaire et un affaiblissement de l’intrigue caractérisent les romans symbolistes des années 1890.


Nombreux sont les écrivains plus ou moins influencés directement par la poésie. Elle est considérée comme le seul moyen d'atteindre l'« essentiel ». On cherche alors à créer un « roman de l'être », qui imiterait la « vie totale de l'âme » tout en conservant la forme narrative et descriptive du roman. A partir de 1890, on voit donc paraitre plusieurs types de romans symbolistes : le roman poétique, qui allie les deux genres (ex. Bruges-la-Morte de Georges Rodenbach, Thulé des Brumes d'Adolphe Retté ou Ludine de Francis Poictevin) ; le roman mystique ou ésotérique (ex. romans de Joséphin Péladan) ; enfin des tentatives de « roman de l'être » qui suit les pensées d'un personnage principal, chez Édouard Dujardin, Remy de Gourmont, André Gide ou Marcel Schwob. Les romanciers symbolistes s’approprient le monologue intérieur, déjà utilisé par Jules Laforgue en 1887 dans les Moralités légendaires. Il est devenu assez courant et permet de se focaliser sur les pensées du protagoniste. Ainsi, les romans symbolistes se démarquent des romans naturalistes.


C’est donc à partir des années 1890 que le symbolisme, jusque-là plutôt restreint à la poésie, se propage dans presque tous les domaines artistiques. La critique laisse place à un intérêt nouveau au courant. Certaines revues comme La Plume, Le Mercure de France ou L'Ermitage se spécialisent dans la parution de poèmes symbolistes. Paris qui rayonne artistiquement à cette époque, attire de beaucoup de jeunes artistes européens qui contribuent à répandre tout le mouvement en Europe.



Le symbolisme en théâtre


A partir de 1870 émerge le théâtre symboliste avec Axël, un drame de Auguste de Villiers de

l’Isle-Adam, et avec l’entrée du théâtre scandinave en France par le Théâtre-Libre. Les représentations de Bjørnstjerne Bjørnson, Henrik Ibsen et August Strindberg ont beaucoup de succès. Le théâtre symboliste se répand réellement pendant les années 1890 grâce à la mise en œuvre d’une nouvelle dramaturgie. En 1890, Paul Fort n’a que 17 ans et crée le Théâtre d'Art avec le soutien de Verlaine, Bonnard, Denis et Mallarmé. Le Théâtre d'Art dure trois ans à cause des faibles moyens, mais fait jouer les premières pièces symbolistes.

On voit notamment celles de Marguerite Eymery, de Remy de Gourmont et de Maurice Maeterlinck. En 1890, Lugné-Poe un jeune acteur fait son entrée dans le Théâtre d'Art. Il deviendra le principal metteur en scène symboliste, après avoir créé le Théâtre de l'Œuvre, qui succède au Théâtre d'Art en 1893. Maurice Maeterlinck et Paul Claudel sont considérés comme les deux principaux dramaturges du symbolisme. La Princesse Maleine de Maeterlinck est l’un des meilleurs exemples du théâtre nouveau. Jusqu'en 1896, Maeterlinck poursuit les succès, particulièrement avec sa pièce Pelléas et Mélisande, mis en scène par Lugné-Poe et Camille Mauclair. Debussy lui propose une renommée mondiale en la reprenant en musique.


Le théâtre symboliste se démarque de façon claire du théâtre classique par le jeu d'acteur et la mise en scène. Il est caractérisé par l'effacement du cadre spatio-temporel : pas

d’identification d’un lieu ou d’une époque que ce soit dans les textes, les costumes ou encore les décors. On ne peut pas non-plus affilier les personnages à une classe ou à un type précis. Ils peuvent certaines fois ne pas porter de noms. Leurs gestes, comportements et manières de parler anticipent de les rendre irréels. Maeterlinck les dépeint tels « des somnambules un peu sourds constamment arrachés à un songe pénible ». Les décors ne cherchent pas à ressembler à la réalité contrairement à ceux du théâtre classique. Sans effacer les décors, on voit des décors abstraits, notamment peints par les Nabis et Toulouse-Lautrec, un peintre, dessinateur et illustrateur français. Selon Marguerite Eymery, les pièces cherchent d’abord à donner un sens métaphysique au texte, dans le but d'en faire un « drame cérébral ». Pour sa pièce Madame la Mort, elle déclare: « je prie les spectateurs de compter le décor à peu près pour rien ». La scène est pratiquement plongée dans l’obscurité, voire dans la pénombre totale lors de certains passages. Le public se focalise davantage sur le texte. Comme pour la poésie, le théâtre peut demander une attention accrue de la part des spectateurs afin d’être comprise au mieux. En cela, le théâtre symboliste est très vite blâmé pour son obscurité. Un voile de gaze peut parfois être utilisé pour cacher les acteurs, qui ne font pas beaucoup de gestes, ou alors très lents, et parlent sur un ton monotone.



La musique symboliste


Dans la musique, le symbolisme né d’un lien entre poésie et composition. Ernest Chausson, Gabriel Fauré ou encore Claude Debussy, tous compositeurs, ont mis des poèmes en musique. L'opéra et le théâtre ont eux aussi fait des liens entre poésie et musique pour se rapprocher au plus près du symbolisme. La plupart des pièces de l’époque concevaient une musique de scène poétique qui, reflétait le texte dramatique.


La musique symboliste se démarque par ses propositions, ses nombreux demi-tons et ses sonorités modernes. Certains compositeurs comme Saint-Saëns, Paul Dukas et Alexandre Scriabine, utilisent la forme du poème symphonique qui s’assimile à la musique symboliste. Pourtant, la forme de la musique symboliste n’est pas simple à définir. Elle se veut musicale mais certains auteurs comme la chercheuse Mireille Losco pensent que la notion de symbolisme musical persiste à être « flottante ». En effet, le symbolisme serait davantage ancré dans la littérature que dans la musique.



Le symbolisme en peinture


Selon l’historien de l’art Pierre-Louis Mathieu, « Il n'existe pas de style symboliste. L'unité du mouvement est davantage constituée par les thèmes abordés que par la manière de peindre ». De ce fait, de nombreuses tendances stylistiques ont coexisté. Si de façon générale l'impressionnisme, qui s’affaire à poursuivre la modernité, et le naturalisme, qui cherche davantage à reproduire la réalité repoussent les peintres symbolistes, il est tout de même possible de trouver une première définition du symbolisme en peinture en 1890 avec les œuvres de Maurice Denis, peintre, théoricien et historien de l’art français. De plus, le manifeste de Gabriel-Albert Aurier, écrivain, poète et théoricien de l’art, publié en 1891, servira plus tard comme point de départ pour les théories sur le symbolisme en peinture. En cinq points, il définit la peinture idéale : « 1° Idéiste, puisque son idéal unique sera l'expression de l'Idée ; 2° Symboliste, puisqu'elle exprimera cette Idée par des formes ; 3° Synthétique, puisqu'elle écrira ces formes, ces signes, selon un mode de compréhension générale ; 4° Subjective, puisque l'objet n'y sera jamais considéré en tant qu'objet, mais en tant que signe d'idée perçu par le sujet ; 5° (C'est une conséquence) décorative ».



En peinture, le symbolisme voit émerger deux principales tendances proposées d'un côté, par les Nabis, et d’un autre côté par les Salons de la Rose-Croix. Les Nabis veulent créer une nouvelle manière de peindre par la stylisation des lignes et des couleurs. Rendre la représentation du réel subjective est leur principale préoccupation. Certains Nabis, comme Pierre Bonnard et Edouard Vuillard, ne sont pas très portés par la métaphysique ou le symbolisme religieux. A contrario, les artistes de la Rose-Croix représentent des scènes imaginaires voire un passé rêvé. A travers ces deux styles, les artistes s’intéressent aux arts appliqués et aux techniques de production classiques qui relient le symbolisme aux courants contemporains de l'Art nouveau, des Arts and Crafts, ainsi que de l’« authenticité » des préraphaélites.

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